Sarumen, les petits singes protecteurs de Fukuoka

Sarumen, les petits singes protecteurs de Fukuoka

En se promenant dans Fukuoka, surtout dans les quartiers résidentiels, on rencontre parfois des drôles de petits masques de singes accrochés devant les maisons. Je les ai longtemps photographiés sans chercher leur signification mais il y a quelque temps je suis tombée sur un tweet sur le sujet. C’est ainsi que j’ai découvert les « sarumen » et le sanctuaire Sarutahiko.

Sarumen, qu'est ce que c'est ?

Sarumen (猿面) : « saru » (猿) signifie « singe » et « men » (面) veut dire « masque ».

Les sarumen sont des petits masques de singe en terre cuite et peints à la main fonctionnant comme des amulettes protectrices contre les catastrophes domestiques comme les incendies, les fuites de gaz ou encore les vols. Elles font aussi fuir la malchance. 
Ce sont des petits objets et une tradition spécifiques à la ville de Fukuoka.

Le saviez-vous ?

Vous savez tous que beaucoup de mots en japonais ont la même prononciation mais ont des significations différentes suivant la façon dont on les écrit. Si le mot « saru » écrit «  « veut dire « singe », quand il est écrit « 去る », il veut dire « fuir ».

Où accrocher son sarumen

Sarumen, les petits singes protecteurs de Fukuoka

On accroche les sarumen chez soi. Si on habite une maison il faut l’accrocher sur un mur extérieur à coté d’une ouverture (le plus souvent la porte d’entrée) afin de ne pas laisser les mauvais esprits rentrer.

Dans le cas d’un appartement, si on ne peut pas l’accrocher sur le palier,  on le suspend quelque part à l’intérieur près de la porte d’entrée, de façon à croiser son regard à chaque fois qu’on pénètre chez soi.

Les sarumen sont « actifs » une année, ensuite il faut les rapporter soit au Sarutahiko, soit dans un sanctuaire près de chez soi afin de les faire brûler. 

Se procurer un sarumen

On achète les masques dans un seul et unique sanctuaire, le Sarutahiko jinja (猿田彦神社) et lors de jours précis, définis des mois à l’avance. Ces jours sont appelés « kanoe saru » ou « kôshin »  (庚申) . Les jours kanoe-saru sont consacrés au singe de métal dans le calendrier sexagésimal chinois. Ils reviennent tous les 60 jours et il y en a donc 6 ou 7 par an.

Les dates des jours kanoe saru 2021

Seulement 3 dates sont décidées à l'heure où j'écris ces lignes :

1er kanoe-saru
Mardi 12 janvier de 5h30 à 19h

2ème kanoe-saru
Samedi 13 mars de 8h à 18h

3ème kanoe-saru
Mercredi 12 mais de 8h30 à 17h

Allons acheter un sarumen

Acheter un sarumen au sanctuaire Sarutahiko de Fukuoka

Histoire du sanctuaire Sarutahiko

Sanctuaire Sarutahiko, Fukuoka

Le sanctuaire a été fondé a une date inconnue mais il a plusieurs centaines d’années. Il est dédié à Sarutahiko Ôkami, le dieu qui guida Ninigi-no-Mikoto dans sa descente sur Terre (je vous en parlais dans mon article sur Kirishima).

Sarutahiko était à l’origine un dieu qui protégeait les entrées et sorties des routes kaidô (anciennes routes du Japon) mais comme il avait le mot « singe » dans son nom, on l’associa au jour kanoe-saru. Dès lors on célébra ce dieu tous les 60 jours afin d’apporter le bonheur et faire fuir la malchance. Par ailleurs, le sanctuaire Sarutahiko était à l’origine bâti près d’une des entrées de la kaidô allant jusqu’à Karatsu dans la préfecture voisine de Saga (dont il reste des vestiges visibles un peu partout dans Fukuoka). 
Le blason du sanctuaire quand à lui est composé de trois petits singes stylisés.

Ma visite du sanctuaire Sarutahiko un jour de kanoe-saru

J’ai eu connaissance de la tradition des sarumen et du sanctuaire grâce à un tweet sur le sujet en 2016.
Je pensais alors que le sanctuaire qui leur était dédié était à Hakata, centre historique de Fukuoka par excellence mais pas du tout ! Sarutahiko-jinja (猿田彦神社) est un minuscule sanctuaire situé en retrait d’une avenue très fréquentée et pile devant une station de métro Fujisaki, dans l’ouest de Fukuoka. Je suis passée des dizaines de fois devant sans y prêter la moindre attention tellement il est discret. 

J’y suis allée pour la première fois fin 2018. Ce n’était pas un jour kanoe-saru donc il n’y avait personne. J’ai pris quelques photos puis suis repartie. Depuis ce jour je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner et j’avais un peu oublié les sarumen lorsque la semaine dernière le sanctuaire tout proche Momiji Hachimangû a posté une story à propos du kanoe-saru : c’était le dernier jour de l’année.
Je me suis empressée de leur envoyer un message demandant s’il y avait la queue car comme j’avais Sei (mon petit garçon de deux mois et demi) avec moi je ne pouvais pas faire la queue des heures. La personne s’occupant du compte Instagram m’a répondu très rapidement que lorsqu’il y était passé il n’y avait pas plus de 20 personnes, j’ai donc décidé de tenter ma chance.

Arrivée sur place j’ai pu constater qu’en effet il y avait loin d’avoir foule : il devait y avoir une trentaine de personnes à tout casser dans le sanctuaire. Il faut dire que nous étions en semaine, hors période de vacances et surtout, le dernier kanoe-saru de l’année et celui qui attire le moins de monde contrairement au premier qui est censé être le meilleur jour.
Je me suis insérée dans la file d’attente devant l’autel, ai fait une rapide prière puis suit allée acheter un masque pour la maison et un pour mes beaux-parents. Le tout a pris environ 20 minutes : pas mal !

Jour kanoe-saru au sanctuaire Sarutahiko, Fukuoka
Statue de singe au sanctuaire Sarutahiko, Fukuoka

Au sanctuaire on peut se faire faire des goshuin qui sont très prisés des amateurs, surtout parce que ces calligraphies ne sont disponibles que les jours de  kanoe-saru. Pour ma part j’avais commencé à les collectionner il y a quelques années mais je n’ai jamais vraiment accroché. Mes deux carnets (un pour les sanctuaires et un pour les temples) sont au fond d’un tiroir depuis pas mal de temps et je n’ai donc pas rapporté de calligraphie. Par contre je commence à faire collection d’ema (plaquettes où on écrit un voeu) mais je n’ai pas pensé à en rapporter…

De retour à la maison j’ai passé un bout de ficelle dans le masque et ai accroché notre petit singe sur la lampe à côté de notre porte d’entrée, contente d’enfin posséder ce petit objet du folklore de Fukuoka. Depuis il garde fièrement notre appartement. 
Comme je l’écrivais plus haut, le sarumen est censé être actif une année mais il y a beaucoup de maisons où on en voit toute une collection accrochée sur les portes d’entrée. Ce premier sarumen ayant un sens particulier à mes yeux je ne pense pas que je le rapporterai au sanctuaire mais je le décrocherai pour le remplacer par son 
successeur car maintenant que j’ai commencé à participer à cette tradition, je ne compte pas m’arrêter après une seule année.

Connaissiez-vous les sarumen ? Aimeriez-vous en possédez un ?
Connaissez-vous d’autres objets japonais ayant la même utilisation ?

Accès et informations pratiques

Sanctuaire Sarutahiko (猿田彦神社)

Adresse :
1 Chome-1-41 Fujisaki, Sawara Ward, Fukuoka, 814-0013

Téléphone :
092-823-0089

Tarif :
l’entrée au sanctuaire est gratuite. Un sarumen coûte 1000 yens.

Horaires et jours d’ouverture :
tous les jours 24h/24. Les jours et horaires de vente des sarumen dépendent des années.

Accès en métro : 
1 minute de marche depuis la station de métro Fujisaki (300 yens et 15 minutes de trajet depuis Hakata ou 260 yens pour 10 minutes de trajet depuis Tenjin). Il faut prendre la sortie n°1.

Accès en bus : 
1 minute de marche depuis l’arrêt Fujisaki (藤崎) sur les lignes 2, 9, 77, 16, 69-1 ou 306.

Sur les routes de Kagoshima - jour 2 (Kirishima et Satsuma)
Article précédent Sur les routes de Kagoshima - jour 2 (Kirishima et Satsuma)
Article suivant Ma grossesse au Japon : hospitalisation pour menace d'accouchement prématuré (3ème trimestre)
Ma grossesse au Japon : hospitalisation pour menace d'accouchement prématuré (3ème trimestre)

11 Comments

  1. Oh j’adore ce genre de petits talismans et autres rituels de protection domestique, chaque culture a la sienne et c’est toujours intéressant de voir ce qui a été décidé au fil du temps pour apporter cette protection. 😀
    Merci du partage !

  2. Comme il est mignon, ce petit singe ! J’ignorais totalement l’existence de ce type de porte-bonheur. Je suppose que d’autres endroits au Japon ont également leur objet spécifique.
    Et les sanctuaires/temples sont quand même très malins pour faire racheter des amulettes, histoire de « fidéliser la clientèle », hu hu.

  3. Merci Béné pour cet article. J’adore l’histoire et la culture, je suis servie 🙂 C’est toujours hyper intéressant à découvrir. Je ne connaissais absolument pas les sarumen mais ça me plairait d’en posséder un à accrocher dans mon appartement. Ce serait un peu de Japon chez moi dans le sud de la France 🙂
    Bref, merci encore pour la découverte !

  4. J’adore ce genre de traditions ! Ça me donne envie de découvrir celles du même type qui pourraient exister autour de chez moi. Merci pour cet article !

  5. Ca donne bien envie *^* J’aime bien l’idée de ces petits singes protecteurs, c’est sympa par ton article de faire la promotion de ce petit masque propre à Fukuoka (et de sa tradition qui ne semble pas très élargie sur le Japon, c’est à la fois dommage pour sa popularité mais bénéfique pour pouvoir profiter du sanctuaire en petit comité) Depuis tu sais si lors du premier festival il y a énormément de monde et un risque de rupture de masques ?

Laisser un commentaire