Ma rencontre avec les Hime daruma

Ma rencontre avec les Hime daruma

Suite à la publication de cet article sur mon voyage à Ôita pour JR Kyûshû, je vous avais demandé sur Instagram quel est l’article que vous souhaiteriez voir en premier et vous avez voté pour l’atelier des Hime daruma ! Ça tombe bien, c’est le point d’orgue de mon séjour et j’étais impatiente d’en parler un peu plus longuement ici.

Êtes-vous prêts pour une plongée dans le monde des poupées traditionnelles de Taketa ? 

Histoire des Hime daruma

Poupées Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
Des poupées Hime daruma à Taketa

Avant toute chose, je pense qu’il est bon de rappeler ce qu’est un daruma. Un daruma (達磨 だるま) est une figurine en papier mâché ronde représentant de façon stylisée un moine bouddhiste. Les daruma sont vendus sans yeux, il est coutume de dessiner l’oeil gauche tout en formulant un voeu puis de dessiner l’oeil droit quand celui-ci s’est réalisé. Ce sont des sortes de poupées porte-bonheur.

Les Hime daruma (姫だるま) sont des « princesses daruma », une sorte de pendant féminin des daruma classiques. Elles sont originaires de la ville de Taketa, une ancienne ville qui se trouve à la frontière des préfectures d’Ôita et de Kumamoto.

Elles ont été créées pendant l’époque Edo. On pense que la première poupée était le travail d’un samouraï de bas rang et représenterait sa femme Ayajo.
Jusqu’à l’avant-guerre les poupées portaient le nom de « Nagekomi (投げ込み) » soit « les poupées jetées ». Ce nom vient d’une tradition qui voulait que des Hime daruma soient jetées à l’intérieur des maisons le jour de l’an par un groupe de jeunes hommes du village. Ils lançaient les poupées en criant « okiagari, oiagari » (« relevez-vous, relevez-vous »)  pour signifier que même s’il y aurait des moments difficiles, la famille se relèverait toujours plus forte.
Il existe plusieurs tailles de Hime daruma, les plus petites faisant environ 8 cm de hauteur et les plus grandes mesurant environ 50 cm. Plus les poupées jetées étaient grosses et plus c’était de bon augure. Les jeunes hommes étaient censés jeter les poupées au hasard mais certaines familles les payaient pour avoir les plus grosses poupées.
Après avoir reçu une poupée, il était coutume d’aller faire brûler celle de l’an dernier le 15 janvier pour ce qu’on appelle le « petit jour de l’an » (j’en ai parlé cette année sur mon compte Instagram). Il existe donc pratiquement aucune poupée ancienne qui existe de nos jours.

Cette tradition du Nagekomi s’est perdue avec la Seconde Guerre mondiale et la production des poupées fut arrêtée.
En 1952, un homme appelé Gotô Tsuneto découvrit une poupée peinte sur une assiette et se rappela de la tradition du Nagekomi. Il pensa que c’était ce qu’il fallait pour redonner sourire et espoir aux habitants de Taketa, durement touchés durant la guerre.
Il prit contact avec les anciens artisans mais aucun n’était partant pour reprendre la fabrication des poupées. Il tomba par hasard sur une poupée abandonnée dans une vieille maison de la ville et à force de patience et de courage il mit au point sa propre méthode de fabrication et nomma les poupées « Okiagari-sama (起き上がり様) ». En 1956 il changea leur nom pour celui que l’on connaît : Hime daruma.  GotôTsuneto consacra le reste sa vie aux Hime daruma et transmit son savoir-faire à sa fille Gôto Meiko qui est l’actuelle doyenne de l’atelier familial.

La fabrication des hime daruma

Les Hime daruma sont uniquement fabriquées par la famille Gotô. La fabrication d’une poupée prend environ une semaine et comprend 16 étapes dont la fabrication d’un modèle en bois, l’application du papier mâché, la peinture et les finitions. À noter que les matériaux utilisés sont les mêmes que pendant l’époque Edo. On peut dire que Gotô Gôto Tsuneto a fait un formidable travail de recherche pour les retrouver.

Trois générations travaillent actuellement à la fabrication des poupées :
– Gotô Meiko, la doyenne, qui a 84 ans est chargée de peindre leq motifs et le visage des Hime daruma. C’est le travail le plus minutieux et le plus difficile.

– Sa belle-fille Kumiko qui est chargée de peindre les couches rouges et blanches. Elle apprend actuellement l’art de dessiner le visage.

– Sa petite fille Sôko qui s’occupe de la gestion des réseaux sociaux, des envois et de la partie administrative. Elle se forme également à la fabrication.

À cause de cette équipe restreinte,  le délai entre la commande et la réception d’une poupée est d’environ deux ans (chiffres de janvier 2021).

Fabrication des Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)

À quoi ressemble une Hime daruma

Poupée Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)

Les Hime daruma sont rouges, de forme ronde avec un visage blanc aux traits fins et féminins qui font un peu penser à une geisha.

Elles sont « habillées » d’un kimono représentant des motifs de pin, fleurs de pruniers et bambou et sur leur tête on trouve un losange doré représentant le soleil.

Leur dos est peint en blanc et un orbe stylisé est dessiné en noir.

Ma première rencontre avec les Hime daruma

J’ai découvert les Hime daruma totalement par hasard, un dimanche matin d’automne 2017. Je bullais avec Kiyo dans mon appartement de l’époque et il a allumé la télévision. On est tombé sur une émission présentant Taketa et il y a eu tout un passage sur les poupées. J’ai été fascinée par leur histoire et par l’atelier. Depuis, je rêvais d’aller à Taketa, de visiter l’atelier et de rapporter ma propre poupée.
Mais Taketa étant en pleine campagne et à l’époque la ligne de train qui y passait étant coupée au niveau d’Aso à cause des séismes de Kumamoto je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller.
La ligne a été réouverte pendant l’été 2020 et  JR Kyûshû m’a nommée ambassadrice en novembre. J’ai sauté sur l’occasion et suis allée à Taketa afin de visiter l’atelier des Hime daruma.

Visite de l'atelier Gotô Kôbô

Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
L'atelier Gôto à Taketa

Quelques semaines avant mon séjour j’ai pris contact avec la famille Gotô, leur demandant si je pouvais venir les voir tel jour. Ils acceptent les visiteurs mais l’atelier est minuscule et ils ne sont pas présents tous les jours d’où la nécessité de les contacter au préalable (encore plus avec le virus).

Le jour-J j’ai été accueillie à bras ouverts par Kumiko, Sôko et son bébé qui a l’âge de Sei. Elles m’ont fait entrer, m’ont prié d’enlever mon manteau et de m’installer à mon aise.
Pendant une heure j’ai pu observer travailler Kumiko et nous avons parlé de mille choses : les hime daruma bien sûr, mais aussi de Taketa, de sa famille, de la mienne, de la française qui a fait un stage chez eux et de plein d’autres choses. J’ai passé un moment hors du temps, dans un cocon chaleureux et bienveillant. C’était une rencontre magnifique qui me marquera à jamais.  J’étais si bien entourée par toutes ces poupées dans leur si joli atelier, respirant l’odeur de la peinture et du thé brûlant qu’on m’a servi. J’ai été touchée de voir le soin apporté à son ouvrage et l’amour qu’elle porte à chaque poupée. Chacune d’elles est aimée, choyée, considérée comme une enfant de la maison.

J’ai acheté un petit sac Hime daruma, ai commandé ma poupée puis je suis partie vers ma prochaine destination promettant de revenir accompagnée de Sei et de mon mari. J’ai déjà hâte d’y retourner.

Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
Atelier Gôto qui fabrique les Hime daruma (Taketa, préfecture d'Ôita)
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Accès et informations pratiques

Hime daruma, atelier Gôto (Goto Hime-daruma Craft - 後藤 姫だるま工房)

Adresse :
889 Yoshida, Taketa, Oita 878-0035

Téléphone :
0974 62 3735

Horaires et jours d’ouverture : 
tous les jours de 10h à 17h (contact par téléphone ou messagerie indispendable avant d’y aller)

Tarif :
gratuit

Accès :
20 minutes à pied depuis la gare de Tamarai (玉来).

Destination accessible avec le JR Pass : oui

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